Plantes-intérieures

Approche de l’intégration des plantes DANS la construction.

L’acte de bâtir détourne, en le cloisonnant par des murs et un toit, un volume initialement libre, balayé par les vents, traversé par le soleil, les pluies et les oiseaux, dont le sol abrite une faune et une flore auto-déterminées.
Des moyens techniques (climatisation, ventilation, …) sont mis en œuvre pour assurer un confort à ce « bout d’espace », créant ainsi des conditions impropres à la vie qui s’y était développée pour favoriser d’autres types de vie, celle d’humains, celle d’animaux ou de plantes rapportées.
Cette notion de confort va être de plus en plus orientée par la facture énergétique globale d’une installation, d’où le retour en force d’une approche bioclimatique tendant à capter et utiliser les énergies (soleil, vent, végétation, température et hygrométrie ambiante, …) naturellement en œuvre sur et autour du lieu d’implantation d’une construction.

Notre approche, qui vise essentiellement une autonomie maximale, est ici mise en parallèle avec la notion d’écologie au sens de « science des conditions d’existence ».

La problématique posée est de compenser le « vide » créé dans un écosystème installé naturellement, par la mise en place des conditions nécessaires au développement d’une autre forme d’écosystème (maintien et développement de la vie).
Un parallèle se dessine entre le potentiel énergétique que l’on cherche à capter et les capacités de régulation de ce potentiel apportées par une forme d’écosystème intégré.
L’approche de cet écosystème se fera par le végétal en tant qu’agent fondateur d’une chaine alimentaire utilisant notamment les 3 ressources fondamentales apportées par le soleil, l’air et l’eau.

Notion de corridor biologique :
Elles désignent les structures éco-paysagères (sites et réseaux de sites) réunissant les conditions de déplacement d’une espèce (animale, végétale ou fongique..) ou d’une communauté d’espèces.
Un ou des milieux reliant fonctionnellement entre eux différents habitats vitaux pour une espèce ou un groupe d’espèces.

Intérieurement, une partie de l’espace créé peut-être dédiée à l’élaboration d’une plantation en favorisant les conditions propres à son épanouissement autonome.

L’idée d’accueillir des plantes chez soi parait souvent séduisante mais peut poser divers problèmes, voire faire peur : les soigner, les arroser, les nourrir, moins contraignantes qu’un animal domestique, mais finalement, elles ont leur caisse et prennent de la place.
Elles se doivent d’être belles, épanouies, somptueuses, elles vont servir de décor, de présence, de mémoire, mais aussi, elles peuvent servir à purifier l’air, à organiser un apport en oxygène, à réguler l’hygrométrie, à diffuser des parfums, …

Il sera utile d’en envisager l’autonomie maximale, alliée à la luxuriance espérée, qui rendra d’autant plus efficaces les bienfaits désirés.

Dans cette optique, la diversité et le choix des plantes auront une grande importance, notamment pour favoriser les côtés positifs de l’interaction qu’elles développeront les unes avec les autres.

3 critères déterminants, en interaction perpétuelle entre eux et avec l’espace construit, vont présider à la réflexion :

-1- une plante a besoin d’un territoire, constitué d’un espace souterrain nourricier pour y plonger ses racines, et d’un espace aérien suffisant pour s’y épanouir.
-2- elle demande suffisamment de lumière naturelle pour autoriser la photosynthèse qui lui est nécessaire.
-3- elle exige de l’eau en quantité suffisante suivant sa nature et l’atmosphère ambiante.

-1- le territoire d’expansion
Le volume que va occuper la plantation doit se considérer aussi bien en souterrain qu’en aérien, son système racinaire lui étant essentiel.
Le volume « en souterrain », substrat dans lequel vont évoluer les racines:
Enterré ou semi-enterré, il va, soit déboucher au nu de la dalle, soit traverser celle-ci.
L’idéal est de ne pas en bloquer le fond, la dimension des limites verticales dépendant de la situation dans la maison et de l’occupation végétale prévue.
Un sous-sol aménagé peut-être utilisé par cloisonnement partiel.

Le volume « en aérien », partie visible de la plante:
L’objectif sera de composer une plantation en jouant la diversité des sujets qui pourra leur assurer la meilleure protection mutuelle (soleil direct, attaques diverses).
Le volume planté sera d’autant plus apte à s’autoréguler qu’il sera plus important.
L’occupation de l’espace pourra s’étager en strates plus ou moins denses suivant l’effet désiré.
Les bacs constituent une option intéressante dans un espace existant mais peuvent aussi préparer à un mur ou une tour végétale.
Leur dimension imposera certains types de plantes et d’orientation aux apports solaires.

-2- la recherche du soleil
Elle est à confronter à la notion de vue, les objectifs respectivement visés étant souvent antagoniques.
Pour le chauffage et la luminosité, les orientations à privilégier seront le Sud et l’Ouest.
Ces mêmes orientations demanderont une régulation quant-à des apports trop importants.
Une plantation extérieure de feuillus peut se concevoir en protection contre les apports solaires saisonniers trop importants, ceux-là même qui sont recherchés pour le soleil en saison froide (pour le vent en saison chaude).
A noter qu’un bassin d’agrément occasionne des jeux de lumière intéressant par miroitement.

Par dessus tout, l’éclairage zénithal guidera la croissance naturellement verticale du végétal.
Le développement d’une plante s’oriente essentiellement vers les apports solaires les plus conséquents, attention donc à ne pas négliger ce développement côté inverse, souvent le côté vu de l’intérieur.

L’orientation Est est considérée comme zone tampon au même titre que le Nord, précisons le terme :
une zone tampon désigne ici un espace contrôlable utilisé pour distinguer un usage de terrain d’un autre, souvent dans l’objectif d’enrayer des aspects nuisibles.
mais une zone tampon désigne aussi une zone intermédiaire entre un milieu artificialisé et un corridor biologique à préserver.

Cet espace de transition entre extérieur et intérieur (ou entre milieu naturel et milieu artificialisé) est fondamental dans la captation et la régulation des apports naturels, il est à considérer aussi bien dans la frange extérieure de la construction que dans sa frange intérieure et aura des rôles distincts suivant sa situation cardinale.

Le Nord ne bénéficie pas du soleil, il est aisément contrôlable thermiquement et l’enveloppe du bâti se concentrera sur l’exploitation des vues (cadrage de l’extérieur).
Une plantation au nord peut se révéler idéale si elle est accompagnée d’un éclairage zénithal.

Des lumières traversant Est-Ouest sont très agréables à exploiter, en fonction notamment des impacts lumineux et découpages d’ombre..

-3- l’autonomie d’eau
On a généralement le plus besoin d’eau quand il ne pleut pas.
Réserve d’eau par captage pluvial :
Le captage pluvial se situe généralement à l’égout du toit, ce qui laisse beaucoup d’opportunités pour le positionnement de la réserve, afin notamment de bénéficier d’un apport gravitaire, mais aussi d’utiliser le principe des vases communicants pour disposer d’une réserve d’eau en hauteur.
Stockage intégré
Placé au dessus de la plantation, la voie gravitaire est évidente
Il devient intéressant si on l’utilise comme vecteur tampon d’un échange de chaleur.

Stockage par cuve enterrée
Nécessaire pour réalimenter un bassin d’agrément en temps de sècheresse.
L’eau stockée garde une température constante et l’absence de lumière empêche le développement d’algues.
Peut-être utilisé en échangeur de température sur un concept de puits canadien.

Stockage par bassin
Opter pour un bassin d’agrément suffisamment important pour s’autoréguler.
Il pourra être positionné en trop-plein d’une cuve, lui-même étant équipé d’un trop-plein positionné en fonction du niveau d’eau maximum.
Il pourra surtout alimenter son propre stockage enterré et bénéficier des apports d’eau conséquents aux besoins (pluviométrie médiocre, évaporation due au vent et au soleil).
La cuve ou le bassin, reliés à un stockage intérieur d’eau, permet à celui-ci de bénéficier d’un niveau d’eau peu variable (principe des vases communiquant) et disponible pour divers types d’arrosage.
Un bassin peut se positionner proche de l’habitation et contribuera à son confort, en plus de servir de zone tampon dans la plupart des situations.
D’où l’importance de la flore et la faune implantées dans et autour du bassin (plantes à croissance saisonnière haute de protection au soleil ou au vent, plantes aquatiques tapissant pour freiner l’évaporation due au vent, poissons pour éliminer les larves indésirables genre moustiques, etc…).
Un point d’eau ouvert est le lieu de rencontre de nombreux animaux, notamment des oiseaux.

Systèmes complémentaires d’alimentions en eau, le goutte à goutte et la brumisation :
L’arrosage en goutte à goutte
Principe de livrer l’eau très lentement, par petits épisodes morcelés, possible avec une bonne précision de débit et d’impact.
L’autonome peut être obtenue par stockage d’eau (pluviale) alimentant gravitairement des systèmes de ce type (voir le système breveté de l’arrosoir « Oriaz » utilisant une propriété naturelle de l’air : l’air se dilatant en chauffant et se contractant en refroidissant).
La brumisation
Principe de vaporiser sous haute pression (60 bars) des microparticules d’eau de 5 microns (plus fines que le cheveu) grâce à des buses (asperseurs) d’un diamètre très fin.
La haute pression, les buses utilisées et les programmateurs de brumisation, rendent ces systèmes les plus économiques du marché en terme de consommation (en énergie : 0.25 KW/h ; en eau : 1litre d’eau/h/buse).
Nécessite une alimentation en énergie pour pompe et programmateur avec temporisation en plus du stockage d’eau.
A l’avantage de maintenir et contrôler l’humidité relative – la chaleur nécessaire à l’évaporation de l’eau est fournie par l’air, ce qui occasionne une baisse de température et une augmentation du degré hygrométrique.
Excellent pour climatiser une atmosphère.

Principe de brumisation par ultrasons : (avec réservoir) en utilisant de l’eau froide, fitrée et déminéralisée (brumisation sans poussière), la brume est produite par un oscillateur vibrant à une fréquence ultrasonique.
La taille de gouttelette ainsi obtenue (0,5µm) assure l’évaporation rapide; les gouttelettes sont tellement petites qu’elles sont volatiles et ne mouillent pas la plante.

Principe de l’atomiseur centrifuge : (pour très grands volumes) l’atomiseur se présente sous forme de cage cylindrique grillagée, il tourne en fait à grande vitesse et, grâce à la force centrifuge, fractionne l’eau en fines gouttelettes de 20 à 40 microns de diamètre. Celles-ci sont ensuite éparpillées dans l’air par la tête de pulvérisation.
L’atomiseur centrifuge produit une brume visible rapidement absorbée par l’air.